Mercredi 1 juillet 2009
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16:00
Acrylique sur toile, 81 pièces fixées sur 9
panneaux
Dimensions totales 180 x 180 cm, 2008
Comment évoquer à la fois le travail, la consommation, les loisirs, et porter un
regard critique sur notre société à travers une démarche plastique et ludique ? C’est en cherchant une réponse à cette réflexion que j’ai eu l’idée
d’utiliser les pictogrammes en les détournant de leur fonction d’origine. J’ai photographié des dizaines de symboles issus de la signalétique des routes et des magasins que j’ai ensuite
redessinés par ordinateur, avant de les reproduire sur de petits tableaux joignables entre eux. La forme carrée m’a paru la plus adaptée à la composition car elle n’induit pas un unique sens de
lecture. L’ensemble forme donc un grand carré composé de 81 pictogrammes. L’organisation de ces symboles permet de créer des associations d’idées, ou plutôt de les suggérer. Chacun peut ainsi
avoir plusieurs interprétations du tableau. Une fois dépassé le plaisir des couleurs et de la composition graphique, le regard devine des interactions entre les signes, interactions pouvant
fonctionner dans plusieurs sens.
Le bonhomme en bâtons que l’on voit communément sur la porte des toilettes publiques ou
aux passages piétons est le symbole référent du tableau, autour duquel les autres tournent tels les aiguilles d’une horloge. Il apparaît dans toutes sortes d’attitudes, chaque symbole
correspondant à une activité différente, à un métier différent. La séparation des pictogrammes fait écho à la sectorisation du monde du travail. La variété de ces représentations, leur
juxtaposition, font du «quidam» un personnage animé en mouvement constant, qui doit être capable de répondre à des fonctions très diverses, dans une journée comme dans une vie. A l’instar du
terme «ressources humaines» qui sous-entend l’utilisation de l’homme en tant que ressource, la signalétique, si elle met en garde contre les dangers, offre une vision déréalisée de la
souffrance.
Non stop est avant tout une parodie de notre environnement
acidulé qui foisonne de signes et de sollicitations, tandis que la vie et le travail demeurent précaires. Du labeur aux loisirs, nous sommes submergés d’informations et maintenus dans une activité permanente qui canalise notre énergie.
Les dangers sont réels mais estompés par l'effet de la vitesse* et de l'injonction moderne et entêtante : « Prends ça comme un jeu ! », qui nous enjoint à miser sur la chance avec une
belle insouciance et la mise entre parenthèses de notre conscience singulière de la mort. A l'instar d'un jeu de l'oie moderne, d'un Monopoly du travail et de la vie, où l'accident de parcours
(accident du travail, de la route, de santé, prison...) reste une possibilité non négligeable, Non Stop singe une roue de la fortune sans règles ni sens où le seul but est de jouer encore
et encore. Et puisque le pire n'est jamais certain, on relance le dé dans l'espoir de rester dans la partie.
En choisissant des couleurs criantes pour représenter les symboles, j’ai opéré avec la
signalétique la même transformation que la publicité applique à la réalité. Le monde de la pub est un monde qui encourage à vivre dans l’instant, où «le travail rend libre» et la mort n’existe
pas, où les dangers sont maquillés. En résumant la vie à des pictogrammes, tout est ramené au même niveau. La forme occulte le message, à savoir l’usure causée par le travail, qui reste l’une des
première causes de mortalité**.
*Esthétique de la disparition, Paul Virilio.
** Travail et usure mentale, Christophe Dejours.
Par Laure Calé
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