*Esthétique de la disparition, Paul Virilio.
** Travail et usure mentale, Christophe Dejours.
Art Abstrait
1910-1920
L'épithète abstrait s'applique normalement à des œuvres d'art qui ne représentent rien de reconnaissable. C'est le contraire de figuratif. La peinture abstraite est née entre 1910 et 1913. Ses trois grands pionniers furent le Russe Vassily Kandinsky à Munich, le Tchèque Frantisek Kupka à Paris et le Français Robert Delaunay. Pour ce qui concerne la sculpture abstraite, c'est le constructiviste Vladimir Tatline qui a frayé la voie avec ses reliefs de la période 1913-1916. Une image abstraite peut avoir un « sujet » au sens traditionnel, dans la mesure ou elle évoque un objet, une personne ou des émotions bien déterminée. Les couleurs peuvent alors jouer un rôle plus figuratif ou symbolique, le rouge traduisant par exemple la passion. A l'époque contemporaine, l'art abstrait s'est considérablement diversifié. On distingue cependant deux grandes catégories : la première se veut rigoureusement construite et géométrique (art minimal, concret ou réductif), la seconde se veut plus personnelle et subjective (art informel, expressionnisme abstrait, abstraction lyrique).
Constructivisme
1910-1920
Les premiers constructivistes sont Malevitch et Rodchenko en Russie. A la suite de la révolution Russe, prônant l'unité entre l'art et la politique, le constructivisme évolue vers une forme particulière à ce pays qui est le Suprématisme (mouvement de peinture non figurative fondé en 1913 par Malevitch). Partant du cubisme, il prône une pure abstraction géométrique en se limitant au carré, complétée ensuite par le triangle et le cercle. La première toile suprématiste est exposée en 1915 (carre noir sur fond blanc). Indépendamment des constructivismes Russes et parallèlement au Suprématisme, se forme en Hollande le groupe De Stijl dominé par Mondrian. Le Constructivisme s'étend en Europe et gagne les États-Unis après la seconde guerre mondiale. Il est à l'origine de nombreux courants de l'art moderne : l'art cinétique, l'art concret, l'Op Art... Aujourd'hui, le principe du constructivisme n'a pas perdu son impact. Il est repris périodiquement par de nombreux artistes.
Art non Objectif
1930-1940
Dénomination faite dans les années 30 par Hilla Rebay, de peintures d’avant-garde aussi bien abstraites (Kandinsky, Rudolf Bauer, elle-même...) que figuratives (Chagall...) et qui ont, grâce à elle, constitué la base de la collection de Salomon Guggenheim qu’il a regroupé dans son musée à New-York, dont elle a été la principale inspiratrice.
Art Concret
1930-1940
En Avril 1930, Théo Van Doesburg crée le terme « Art Concret » dans la revue du même nom. Il la définit comme « peinture concrète et non abstraite parce que rien n'est plus concret, plus réel qu'une ligne, qu'une couleur, une surface ». Comme Kandisky et Mondrian, il rêve de créer « un langage universel ». Pour Max Bill, « concret est le contraire d'abstrait : l'art figuratif est abstrait de la réalité, tandis que l'art non-figuratif, qui est une pure création de l'esprit, devient concret par sa matérialisation, comme une chose existant dans la réalité ». Le terme « art concret » désigne par la suite l'ensemble des œuvres contemporaines qui se situent dans le domaine des travaux non-objectifs. Les œuvres peuvent être réductives, minimales, dirigées par un processus, spécifiques du lieu, des images uniques, ou de l’abstraction géométrique. L'Art Concret se prolonge à travers les œuvres d'artistes comme Marc Rothko, Josef Albers, Fritz Glaner, Max Bill, Aurélie Nemours… Le Salon des « Réalités Nouvelles » est le lieu ou exposent aujourd'hui de nombreux artistes de ce courant.
Abstraction Création
1930-1940
Cette association vient naturellement après le groupe Cercle et Carré fondé en 1929 par Michel Seuphor, qui avait vivement défendu l'abstraction face au Surréalisme. Elle succède également au groupe Art Concret de T. Van Doesburg (1930) qui prône une abstraction radicale et géométrique. Cette association veut retrouver la parole et la liberté créatrice, tout en renonçant à la représentation de l'objet. Elle est fondée à Paris en 1931 par Herbin et Vantongerloo. De très nombreux artistes européens et quelques américains y adhèrent. Elle comptera plus de 400 membres. De 1932 à 36, la revue Abstraction-création, art non figuratif les fédère. Elle organise de larges expositions, donnent des conférences, ouvre ses vues à la publication, faisant de Paris un véritable pôle dans le domaine de l'Abstraction.
Réalités Nouvelles
1940-1950
En 1946-47, l'association dite « Salon des Réalités Nouvelles » se substitue à l'association « Abstraction-Création » (1931). C'est le Salon de l'Abstraction, animé par les artistes eux-mêmes. Toutes les tendances de l'abstraction y sont représentées, jusqu'aux marges de l'abstraction.
Hard-Edge
1950-1960
Le terme apparaît aux Etats-Unis à la fin des années 1950, où des critiques d'art ont éprouvé la nécessité de définir la peinture abstraite non gestuelle. Après quelques précisions terminologiques, on entend par Hard-Edge une manière picturale de diviser la surface du tableau en plans colorés aux contours nettement définis, sans passages chromatiques entre eux. Les œuvres Hard-Edge présentent une surface agencée selon une géométrie rigoureusement symétrique, et recourent à une palette très limitée, voire monochrome.
Art Minimal ou Minimalisme
1960-1970
Le minimalisme est dans l'histoire de l'art le premier mouvement de portée internationale a avoir été lancé exclusivement par des artistes nés aux Etats-Unis. Il reprend directement les idées de Rodtchenko et surtout de Malevitch en réduisant la peinture et la sculpture à l'essentiel, ou plus exactement aux plus stricts rudiments de l'abstraction géométrique. On atteint ici à l'expression extrême du formalisme, car la forme EST le contenu. L'art minimal prétend débarrasser la peinture de tout ce qui ne lui est pas spécifique : plus de sujet, plus de forme, mais seulement la couleur sur un grand format. Le minimalisme dans sa quête de sobriété, de pureté, trouve tout naturellement son ultime avatar dans l'art conceptuel.
Shaped Canvas
1960-1970
Par tradition, le tableau est une peinture rectangulaire, même si les peintres de la Renaissance ont exécuté de nombreux tondos, au format circulaire. En 1960, quand Frank Stella a présenté ses toiles aux contours découpés à la Galerie Léo Castelli de New York, il a fallu créer une catégorie à part, le Shaped Canvas. dans ces peintures minimalistes, des rayures disposées symétriquement répondaient aux formes inattendues des contours de la toile montée sur châssis. La peinture devenait un objet autonome, l'équivalent en deux dimensions des « structures primordiales » construites par les sculpteurs minimalistes. Les artistes qui réalisent des shaped canvases tiennent à préserver la spécificité picturale de leurs œuvres en soulignant sa planéité, alors même qu'ils semblent se situer à la frontière entre sculpture et peinture.
Art Construit
Il est le processus d'une réflexion, ce qui l'apparente à l'Art Conceptuel mais à la différence de celui-ci, l'œuvre est réalisée. Les artistes construits intègrent le hasard, mais restent dans la rigueur de la composition au sens strict de la « peinture ». Leur démarche s'inscrit dans une certaine logique et en même temps possède une grande diversité. Après Auguste Herbin, Victor Vasarely ou Jean Dewasne, la tendance est toujours ignorée en France par le grand public ; en revanche, le concept constructif demeure une constante dans la création artistique.
Minimal Pop
Le terme « minimal pop » regroupe des artistes contemporains poursuivant des recherches personnelles en matière d'art « non-objectif » et cherchant à établir des liens entre art abstrait et culture populaire. Tous attachent une signification toute particulière à la perception rétinienne, sensuelle et physique, et à la relation entre le spectateur, l'architecture et les oeuvres d'art, dans un registre expérimental.
Peinture Réductive
L'art réductif inclut l'abstraction géométrique, les œuvres utilisant le principe de répétition, le monochrome ou la couleur limitée, et le minimalisme.
Monochrome
La première œuvre monochrome et l'exemple le plus célèbre est le Carré blanc sur fond blanc, une huile sur toile de Kasimir Malevitch. Par la suite, les monochromes sont devenus un type à part entière en peinture, au même titre qu'une scène religieuse ou qu'une nature morte. Ouverture sur l'infini, quête spirituelle pour certains, degré zéro de la peinture pour d'autres, le monochrome est un aboutissement radical de l'épuration, une interrogation sur l'art et sa pratique.